Au Clair de la Lune

février 4, 2008

Comment choisir un livre ?

Classé dans : art, expression, famille, litterature, livre, personnel, random, vie — contessine @ 2:57

Au hasard d’une librairie, cernés par des milliers d’ouvrages qui étalent leurs tranches ou s’élèvent en piles stratifiées, quels sont les critères qui nous conduisent à choisir un livre en particulier ?   

Bien entendu, la renommée d’un auteur, l’attachement à son style ou le conseil plus ou moins avisé d’un libraire, d’un ami, de critiques même, peuvent suffire à orienter largement notre choix. Mais quand, avides de découverte et de changement, nous souhaitons bouleverser nos habitudes et tenter une nouvelle expérience littéraire, quelle force guide nos pas ?A la fois fond et forme, objet tridimensionnel et support d’une écriture plane, le livre constitue par essence un artefact complexe aux charmes multiples. Noyé dans la masse livresque,  il déploie ses armes de séduction dans le seul but de devenir l’Elu. Pour une heure, un jour, ou, dans les mains du lecteur moins assidu, pour un mois, et peut-être plus encore.   

Mon père, provocateur dans l’âme, a élaboré une stratégie de sélection savamment hiérarchisée. Au somment du diagramme figurent les deux critères de présélection qui permettent d’ores et déjà d’éliminer un grand nombre d’ouvrages :

1.     Le sexe de l’auteur : seuls les hommes savent écrire ; les femmes trempent leurs plumes aseptisées dans un mélange équilibré de poncifs féministes et de niaiseries sentimentales.

2.     La couverture du livre : la peinture, la qualité de l’image ou la composition de la photo révèlent la manière dont sera traité le sujet du livre.   

Ensuite, après s’être assuré de la dimension masculine de l’histoire (roman d’espionnage ou de corsaires), mon père survole les pages à la recherche des sigles particuliers (tirets longs, guillemets) et des blancs typographiques qui caractérisent les dialogues. Les auteurs qui « font de la page » ont sa préférence.  Pour ma part, la démarche est autre.   La vue guide la progression de mes pas : la première de couverture doit m’attirer, capter mon attention, me donner envie de me diriger vers l’objet. L’ouïe prend le relais : la musicalité du titre, le choc de mots que rien n’amenait à se rencontrer doit charmer mon oreille et éveiller ma curiosité. Que l’on titre « L’élégance du hérisson » et j’accours. Enfin, l’objet en lui-même me fascine : je le tâte, le palpe, fais défiler la tranche des pages sous mon pouce pour en dégager l’odeur, en toute intimité. Mon premier véritable contact avec la matière : le poids, la taille, le grammage du papier ; peut importe la collection, je veux sentir, soupeser, tester celui qui deviendra mon autre les soirs d’évasion. J’adapterai ma vitesse de lecture à la densité de l’écriture. Que je le picore, le déguste ou le dévore, dans tous les cas, je le goûte.    

Mais cette démarche sensible n’est pas sans faille, l’apparence est trompeuse, et la vue bien souvent happée par les dangereuses stratégies des libraires ou des maisons d’édition qui placent l’objet sur un promontoire aguicheur, véritable piédestal commercial. Les nombreux prix littéraires qui habillent ostensiblement le livre d’une oriflamme rouge peuvent ne pas être à la hauteur du prestige fièrement annoncé, ou pour le moins, ne pas répondre aux espoirs que nous avions placés en eux. La première de couverture peut elle aussi ne pas correspondre à nos attentes et nous éloigner d’un livre qui renferme pourtant des trésors stylistiques. Finalement, il est très difficile de trouver livre à sa main…

février 2, 2008

Fier comme un pou

Classé dans : animaux, art, expression, humour, linguistique, litterature, personnel, random, vie — contessine @ 7:47

le pou et le coq

Cette expression exclusivement française m’a toujours fascinée et amusée. Elle se distingue du commun des expressions par son caractère à la fois mystérieux et saugrenu. Je n’ai personnellement jamais eu l’immense honneur de cerner la dimension psychologique du pou : mon expérience dans ce domaine remonte à ma tendre enfance et prend plutôt l’allure d’une lutte acharnée pour exterminer ces petits suceurs de sang. Avec un peu d’imagination, je peux me figurer le petit insecte sautant à l’abordage de la jungle Capillaire et, gonflé d’orgueil à la perspective d’un nouvel Eldorado, se dressant sur ses deux dernières pattes comme le premier conquistador, du moins jusqu’à la destruction fatale de sa nouvelle colonie. Avec un peu plus d’imagination, j’entrevois un détachement de spécialistes d’horizons divers qui, l’appétit aiguisé par l’idée d’une nouvelle découverte, sacrifieraient leurs chefs à l’élevage de leur objet d’étude. Certes l’idée d’un tel sacrifice va à l’encontre de l’image du savant fou dégarni…Néanmoins, je me surprends à rêver l’existence possible de rapports livrant tous les secrets de la société pouillienne, ses rouages, ses mœurs et pourquoi pas, l’esquisse d’un système politique.

La part d’ombre sémantique qui règne sur cette expression s’accroit si l’on remonte à la forme originale :

« fier comme un pou sur le fumier ».

Car enfin, trouver un pou sur un tas de fumier revient à chercher une aiguille dans une botte de foin : cela relève de la gageure ! Le mystère se lève dès que l’on questionne l’histoire du mot « pou ». Sans entrer dans le détail, l’évolution diachronique nous apprend qu’à l’origine de l’expression se trouve la forme dialectale de pou : poul ou pouil qui signifie jeune poulet ou coq. Nous y voilà ! Le coq, bien sûr, règne sur cette expression exclusivement française ! Comme le confirme l’autre expression consacrée « fier comme un coq ».

Il est malgré tout intéressant de remarquer que le symbole français, cet animal combattif et courageux autant qu’arrogant et pédant, a, à un moment donné, croisé la route de l’insecte indésirable. Mais après tout, et comme se plaisait à le rappeler Coluche en des termes à peu près similaires, le coq reste le seul animal qui peut chanter avec les deux pieds dans la m…e.

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